Le rêve et le lac ... (petit texte écrit un soir)
Un lac. Immense. Noyant sous ses eaux la moindre terre qui oserait se présenter devant lui. Presque infini. Abritant le reflet du Soleil le jour et celui des étoiles la nuit. Irrigant les plaines alentour lors de ses débordements. Accompagnant de manière parfaite la beauté des montagnes au milieu desquelles sont posées ses vagues. Paisible refuge pour les voyageurs égarés qui ne le craignent pas. Danger. Abris d'une créature sans pitié.
Un lac. Alimenté par un fleuve.
Un fleuve. Vulnérable ruisseau au départ, vénérable rivière défiant par sa grandeur l'océan dans lequel il se jette à l'arrivée. Voie empruntée par chaque poisson. Prenant sa source dans la plus haute montagne.
Une montagne. Si haute qu'elle touche les étoiles, que son sommet se perd dans les brumes de l'infini. Née d'un sursaut de la Terre. Gravie cent fois par les hommes selon eux, une fois selon elle. Cent fois par des bêtes, une fois par un homme.
Homme dont les pas étaient caresses, dont la voix qui chantait pendant l'escalade était murmure de bonheur, dont la volonté était vent d'espoir, dont le doute était certitude, dont le bonheur était vrai, dont la force était naturelle, dont les mots qu'il adressait à l'univers étaient beauté, dont les rêves étaient... Rêves. Rêves, profond et respectables, pas désirs, futiles et égoïstes.
Au sommet de la montagne, l'homme fit un rêve.
Au sommet de la montagne, un rêve prit son envol.
Faible oiseau né de la volonté d'un homme, il vola un court instant avant de retomber dans le fleuve qui l'emporta. Loin. Plus loin que le rêve n'aurait pu le faire seul.
Au lac.
Dans la barque que lui avait faite l'homme par son imagination pour lui permettre d'avancer sur le fleuve, le rêve arriva au lac.
Rêve insouciant et lac infini. Combat inégal s'il existe.
Il existe. Le monstre. Gigantesque animal fait de muscles et de dents, tueur sans pitié.
Au milieu du lac, le monstre se réveilla. Vit le rêve. S'avança vers lui. Ouvrit la bouche pour l'avaler, le dissoudre, le reléguer au rang de poussière.
Le rêve se débattit.
Pendant un court instant fait de morceaux d'éternité, l'Univers hésita.
Bascula. Du côté du monstre.
L'homme n'avait souhaité que le bonheur. Le rêve anéantit, la vie devint cauchemar.